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Conseil du Val d'Oise

Présidentielle : le président de l’Ordre corrige les copies

Présidentielle : le président de l’Ordre corrige les copies

EGORA, par Sandy Berrebi-Bonin le 04-04-2017

Que valent les propositions santé des candidats à la présidentielle ? Egora a proposé au Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, de commenter plusieurs idées phares des postulants à la fonction suprême. Le Dr Bouet a accepté de se prêter au jeu, tout en insistant sur la neutralité politique de l’institution ordinale.

Supprimer ou ouvrir le numerus clausus

« Ouvrir le numerus clausus n’a pas de sens. Pour que cela ait un effet, il faudrait que la capacité de formation de nos universités puisse suivre cette ouverture. Or aujourd’hui, on voit bien qu’à 8 000, c’est déjà compliqué. Tant qu’il n’y aura pas d’ouverture généralisée des stages à l’extérieur du centre hospitalier universitaire, augmenter le numerus clausus ne pourra avoir qu’un effet de diminution de la qualité de la formation. »

Rembourser tous les soins à 100% par l’Assurance maladie

« Cela me paraît aujourd’hui difficile à concevoir. Il faut que l’assurance maladie reste la porte d’entrée dans le système. Cela nous paraît indispensable. La prise en charge des patients démunis et des maladies de longue durée doit être assurée en totalité par l’assurance maladie. Il faut trouver les curseurs qui permettent de trouver l’équilibre entre une prise en charge complémentaire et la prise en charge solidaire. Tout rembourser à 100% semble aujourd’hui difficile dans le contexte général de la prise en charge des soins. »

Supprimer l’AME

« Il y a une responsabilité de bientraitance républicaine pour toutes les personnes vivant sur notre territoire. On ne peut pas rayer d’un trait de plume cette réalité. »

Supprimer la mise en place du tiers payant généralisé

« Pour nous, le tiers payant généralisé obligatoire n’était pas une bonne idée. Nous pensons effectivement que le tiers payant peut être un outil. Mais ça n’est sûrement pas un outil qui favorise l’accès aux soins, comme cela a été présenté. Cela doit être un outil simple à utiliser pour les acteurs. Nous pensons que le caractère obligatoire n’est pas une bonne chose. Et le caractère généralisé, s’il est lié au caractère obligatoire, non plus.  »

Vendre les médicaments à l’unité

« Ça n’est pas notre spécialité à l’Ordre des médecins mais adapter au mieux la délivrance des médicaments à la nature de la prescription nous apparaît être une hypothèse qu’il faut explorer. »

Multiplier les maisons médicales comme solution à la désertification médicale

« Notre position est claire. Nous sommes pour le regroupement professionnel, mais nous disons attention au modèle unique de regroupement. S’il s’agit de dire que le même type de regroupement devra s’appliquer sur tout le territoire, c’est une mauvaise solution. Oui à des regroupements. Non à un modèle normé unique. Et il faut faire attention à une autre conséquence sur laquelle nous attirons l’attention des acteurs : il ne faut pas que la maison médicale augmente la sur-désertification dans son environnement.  »

Légaliser le suicide assisté

« Nous y sommes résolument opposés. La position de l’Ordre est connue à ce niveau-là. Nous avons accompagné la loi Leonetti et Claeys parce qu’elle nous semblait être une loi de bon sens. Nous avons accompagné la sédation en phase terminale parce que ça nous paraissait être de la responsabilité du médecin. L’Ordre des médecins, aujourd’hui, n’est pas pour l’euthanasie. Ça n’est pas dans la mission du médecin de donner la mort. »

Service sanitaire de trois mois axé sur la prévention pour tous les étudiants en santé

« On peut penser que c’est une bonne idée. Mais attention, la prévention c’est beaucoup plus ambitieux que cela. Ça n’est pas simplement amener un étudiant à faire du dialogue avec une population. Il faut une réelle politique de prévention et donner les moyens à l’ensemble des acteurs qui sont déjà sur le terrain d’agir et d’être reconnus dans ce rôle de prévention. Le service sanitaire peut être un moyen complémentaire mais ça n’est sûrement pas ce qui résume aujourd’hui une politique de prévention. »

Mettre fin au paiement à l’acte en augmentant les forfaits, notamment en ce qui concerne la prévention

« Nous disons depuis de nombreuses années que la rémunération unique à l’acte n’est pas l’alpha et l’omega de l’exercice libéral. Nous pensons qu’il faut que le médecin soit reconnu dans un certain nombre des missions qu’il accomplit. S’il remplit une mission de service public, notamment dans le cadre de la prévention, il faut évidemment qu’il y ait une rémunération qui corresponde et complète ainsi la seule rémunération à l’acte. »

Mise en place d’un corps de médecins fonctionnaires

« Nous avons aujourd’hui 205 000 médecins en activité. Essayons déjà de permettre à ces médecins d’accomplir pleinement la mission qui est la leur. »

Conventionnement uniquement en secteur 1 pour les nouveaux spécialistes qui s’installeraient en zones sur-dotées

« Tout ce qui consiste aujourd’hui à contraindre des professionnels à avoir un mode d’activité se heurte à un principe de réalité : il faut aujourd’hui accompagner les jeunes professionnels dans un projet personnel. Nous le disons à tous les acteurs politiques, et nous l’avons dit de façon constante : avant d’envisager des mesures de contraintes, rationalisons les conditions grâce auxquelles nous pourrons amener les futurs médecins dans certaines zones. Cela passera par une seule chose : la professionnalisation précoce des jeunes pendant leurs études dans les territoires. Il y a beaucoup d’autres choses à faire, avec l’université ou avec les politiques locaux, pour permettre aux futurs professionnels de construire un projet dans les territoires. Les mesures de coercition ont déjà fait la preuve de leur échec dans d’autres pays. »

Mise en place d’un système d’agrément strict pour les médecins étrangers qui exercent en France et renforcement du contrôle des équivalences desdits médecins étrangers

« La France, jusqu’à preuve du contraire, est membre de l’Union européenne. On ne peut pas imposer aux médecins qui sont autorisés à exercer dans le cadre de l’UE des mesures qui sont contraires à la libre circulation. Ces médecins de l’UE ont une équivalence automatique de leurs diplômes.

Ensuite, nous appliquons déjà pour les médecins à diplômes étrangers (ces derniers peuvent d’ailleurs être Français) des règles de contrôle strict des équivalences. »

Mise en place de « consultations avancées » de généralistes et de spécialistes installés en zones sur-dotées qui iraient exercer ponctuellement dans des zones sous-dotées avec une prise en charge de leurs frais

« Nous l’avions déjà évoquée dans le cadre de la loi HPST précédente. Aujourd’hui, la vraie question est comment organise-t-on l’accès aux soins dans les territoires ? L’accès aux soins ne passe pas forcement par la présence permanente du même médecin dans le même territoire. Nous l’avons d’ailleurs tellement bien compris que nous avons procédé, avant que tout le monde le propose, à une modification réglementaire pour autoriser l’activité multisites. Nous sommes pour que la mobilité puisse être exercée et que des professionnels puissent aller faire de l’accès aux soins dans d’autres territoires que celui où ils sont installés. Tout ce qui favorise la mobilité est pour nous un élément positif. »

Faire 20 milliards d’économie en 5 ans sur l’Assurance maladie

« Si les économistes avaient eu raison, nous le saurions depuis 20 ans… »

 

Quelle idée, importante selon vous, n’a été évoquée par aucun des candidats ?

« Le lien entre la formation, la professionnalisation et l’exercice. Aujourd’hui, on a le sentiment que politiquement, on n’a pas compris que tant que nous ne ferons pas le lien entre formation et professionnalisation précoce, nous ne pourrons pas régler le problème de l’accès aux soins dans les territoires. C’est un sujet sur lequel nous nous battons depuis plusieurs années. Il faut une vraie réforme des études médicales et de l’organisation des soins sur le territoire. L’un ne va pas sans l’autre. Il faut faire du troisième cycle des études médicales un cycle dans lequel on sorte de l’hôpital universitaire et où on va se confronter à l’exercice dans les territoires qui environnent l’université. Nous sommes d’accord avec les doyens pour dire que l’université doit contracter avec les territoires et donc que la professionnalisation doit être inscrite fondamentalement dans le troisième cycle. Nous voulons que les jeunes en situation d’apprentissage de leur spécialité puissent aller l’apprendre dans les hôpitaux locaux, les cabinets libéraux, les établissements privés, les centres de santé… et pas uniquement dans l’hôpital universitaire. «